Décrire le spectacle pour tout-petits: le défi des mots!

May 21, 2018

 

 

 

Youpi, le printemps! Avec l’arrivée des plates-bandes, les spectacles pour tout-petits s’en donnent à cœur joie dans plusieurs programmations qui leur font une place de choix dès le retour des beaux jours. J’ai envie depuis longtemps d’écrire sur ce sujet. L’idée principale qui me l’a inspiré remonte à 2016.

 

Lors d’un événement, j’ai entendu ce commentaire d’une dame qui abonne sa famille au théâtre chaque année : « Dites aux artistes d’arrêter d’écrire n’importe quoi pour décrire leur spectacle. On n’y comprend rien! » J’étais triste d’apprendre qu’aucun des spectacles n’avaient semblé l’intéresser à première vue, ou qu’elle ne disposait tout simplement pas des renseignements qu’elles jugeaient suffisants pour se faire sa propre opinion. Encore récemment, j’ai entendu un commentaire similaire de la part d’une responsable de programmation qui témoignait de sa déception quant au matériel de communication fourni par une majorité d’artistes.

 

D’abord un peu choquée, j’ai réfléchi à cet événement qui m’a inspiré cette question :

 

Les impératifs de communication et les élans créatifs sont-ils réconciliables?    

 

 

Parfois sans histoire, plutôt sensoriels qu’intellectuels, surréalistes, tantôt loufoques tantôt tendres, les spectacles destinés au public de la petite enfance ont peu de dialogues et s’implantent fermement dans le présent, sans brusqueries, pétards et surprises ostentatoires. Alors comment les décrire? Des catégories s’imposent à mon esprit logique qui adore trouver les bons mots. Comme un jeu.

 

Je vous propose quelques façons de décrire ou de caractériser grossièrement certains types de spectacles jeunes publics. Attention : plusieurs spectacles entremêlent habilement ces catégories, ce qui contribue évidemment à rendre le paysage culturel extrêmement riche pour nos tout-petits.

 

1. Le conte

 

Ce type de spectacle utilise la mécanique du conte classique qui nous est hyper familière parce que qu’intégrée depuis notre plus jeune âge. Un héros, un dilemme, des méchants et du courage. Et ils vécurent heureux…

 

2. L’atmosphère

 

Dans ce type de spectacle, on se transporte dans une ambiance esthétique et/ou sensorielle avec un personnage, qui le découvre parfois en même temps que le public. On plonge dans la mer, on se transporte dans un désert, sur la lune, dans un monde ô combien unique. Les décors, éclairages et ambiances sonores sont à l’honneur, voir indispensables.

 

3. La rencontre

 

Deux personnages, souvent avec des personnalités contrastées, se rencontrent. Ils se découvrent, s’apprivoisent, ont mutuellement peur de l’autre, et puis s’acceptent dans leur similitude et leur différence. On passe à travers les étapes normales de la rencontre vers l’autre, différent et étranger, avec un mélange de curiosité et de méfiance.

 

4. La matière

 

Ces spectacles sont l’occasion d’explorer à fond une matière en l’exploitant au maximum, sur scène, dans un plaisir coupable et jouissif. Qu’est-ce qu’on peut faire avec des tubes, des fils, des boîtes? Une multitude de choses allant de l’exploration simple au jeu complexe. Ce choix artistique est une ode à la curiosité naturelle des enfants, car elle en est le principal sujet.

 

5. Le cycle

 

Quelque chose qui se répète éternellement? Les enfants adorent! Ils voient passer les saisons, les stades qui composent le cycle de la vie, et vivent aussi tous les jours des rituels précis et incessants (pensez à l’habillement et déshabillage quotidien pendant l’hiver). Ces spectacles ont tendance à créer de la répétition ou de la prévisibilité, choses tant appréciées des enfants.

 

 

Et non, je ne me suis pas lancée dans un travail de recherche universitaire. Ces quelques notes parsemées d’observations sont nées d’une activité de médiation culturelle que j’ai menée avec des artistes et des professionnelles de la petite enfance en 2016, appelé Le parcours du passeur culturel. Je remercie d’ailleurs tous les participants d’avoir été généreux en commentaires et en présence, de sorte que cette réflexion puisse se poursuivre dans le plaisir.

 

J’espère en conclusion que nous pourrons trouver ensemble des meilleurs mots pour qualifier encore mieux les œuvres destinées aux tout-petits. J’aimerais que l’on se redonne collectivement un vocabulaire esthétique, pourquoi pas plus riche et diversifié, à la fois au service de l’art et des publics qu’il rejoint.

 

 

 

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