• Anne-Sophie Tougas

Observations express sur la planète Maternelle


Qu’est-ce qui est petit, mignon, qui bouge, qui a la parlotte, qui se dandine sans avertissement et qui n’attend qu’une chose : le moment de te décrire en détails la fois où il a vu un chien dans la rue ?

Bingo : un enfant à la maternelle.

C’est avec le cœur attendri que je termine le tour de treize classes de maternelle d’écoles montréalaises toutes très différentes. Lors du dernier mois, j’ai eu l’immense privilège d’être invitée dans huit écoles et d’entamer un projet artistique avec toutes ces petites créatures aussi drôles que pas reposantes! J’ai beaucoup appris, vu, étudié. Je vous fais part de quelques observations, en artiste-témoin que je suis !

Observation # 1 : La sieste, c’est une question de survie. Pour tout le monde.

À 13 h, les enfants ont déjà dans leur corps et leur tête beaucoup trop de nouvelles expériences et d’apprentissages, acquis pendant la matinée. Ils ont visiblement besoin de se reposer, et nous aussi. L’œil inquiet des enseignants – lorsqu’ils consultent l’horaire des activités - est un bon indice. Au fond, je suis tellement d’accord avec ça : le dodo, c’est sacré.

Observation # 2 : Un plancher, ce n’est pas confortable.

Pour qu’un groupe de dix-neuf enfants te donne son attention, rien de mieux que la proximité. Faire asseoir les enfants autour de moi, en cercle, était tout naturel. Mais rapidement, les jambes se décroisent, les enfants trouvent des prétextes pour se lever, gigotent. En s’assoyant avec eux, on fini par conclure que ce n’est ni confortable pour eux…ni pour nous. En fait, ça ne l’est pour personne. Je suis la première à me lever et à me dégourdir les jambes ; mauvaise élève.

Observation # 3 : L’enseignant(e) ne fait pas qu’enseigner. Il traduit.

Tu dis une phrase, un mot, et tout de suite tu vois poindre des points d’interrogation dans les yeux des enfants ? Demandez à l’enseignant(e) de répéter mots pour mots ce que tu viens de dire. C’est magique; soudainement, la phrase devient limpide. C’est qu’ils reconnaissent les intonations, l’accent de la langue et les emphases de leur enseignant(e). Ça surprend au début, puis on s’habitue. Bien vite, on apprend que l’enseignant(e) est le meilleur bras droit qui soit.

Observation # 4 : Moi d’abord, le groupe après.

Les tout-petits ont l’habitude d’exprimer tous leurs besoins, immédiatement. C’est normal; c’est ce qu’on leur demande dès qu’ils apprennent à parler. On les encourage à verbaliser leur faim, leur envie, leur fatigue. Mais maintenant qu’on forme une collectivité, le MOI mène une lutte tyrannique au GROUPE qui n’a pas les mêmes besoins que lui. C’est frustrant ! Parfois, lorsqu’un enfant interrompt l’activité pour ramener l’attention sur ses besoins à lui, on doit le rassurer en lui disant que ses demandes sont bien entendues. Toutefois, elles ne priment pas sur l’intérêt du groupe. Bon, des fois peut-être.

Observation # 5 : Je vous aime madame.

On se connaît depuis deux minutes et demie et déjà, tu me déclares ton amour. Les tout-petits ont un pouvoir fort; celui de donner leur affection instantanément, sans même savoir qui tu es et ce que tu viens faire. Cette surprenante infusion passionnelle nous oblige à reconnecter avec les autres avec … l’amour d’abord. On verra bien ensuite. Là, on se colle, on se prend la main. On dirait qu’on est dans un autre monde. C’est gratifiant, et tellement énergisant !

Les chatons, la madame qui fait de l’art vous aime aussi.

P.S. Merci particulier à Une école montréalaise pour tous et aux treize enseignants qui ont participé au projet Lucioles & Murmures.